Page 2 sur 8
ILa guerre des cabinets : une guerre classique que des contraintes retiennent loin de la guerre absolue
ALa guerre classique : une guerre entre États, menée par des armées régulières
Le programme le dit dès sa présentation du thème : le premier axe « s'appuie sur la définition classique de la guerre par Clausewitz » pour étudier les conflits « qui n'entrent pas dans le schéma "classique" des guerres entre États ». Avant de parler de guerre limitée, il faut donc savoir ce qu'est cette guerre classique.
1Interétatique, régulière, conventionnelle : trois mots pour une même forme de guerre
Une guerre interétatique est une guerre entre États : ceux qui s'affrontent sont des États souverains, deux ou davantage, seuls ou en coalition.
Une guerre régulière est une guerre menée par des armées régulières, c'est-à-dire mises sur pied et entretenues par un pouvoir souverain : des soldats dont la guerre est le métier, qui ont par exemple un statut, un uniforme, une solde, et qui obéissent à un commandement. Elle s'articule autour de la bataille : les armées se cherchent, se font face et s'affrontent, le long d'une ligne qui sépare le front de l'arrière.
À l'inverse, la guerre irrégulière est menée par des combattants sans statut, qui n'appartiennent pas à une armée régulière, et qui refusent souvent la bataille pour l'embuscade, le harcèlement ou l'attentat : ce sont les thèses 1.4 et 1.6.
Une guerre conventionnelle est une guerre réglée, qui suit des règles et des usages admis par les deux camps. Elle oppose en général des acteurs de même nature, des États, avec des buts de guerre identifiés et des moyens militaires comparables, comme des états-majors, des armées, des armes du même genre.
Le mot regarde aussi les armes : on parle d'armes conventionnelles, et au XXe siècle, une guerre conventionnelle est d'abord une guerre menée sans armes nucléaires, chimiques ou biologiques.
Ces trois mots ne disent pas exactement la même chose : ils regardent la guerre sous trois angles, qui se bat, contre qui, et comment. Ils peuvent se séparer : une guerre civile entre deux armées régulières, comme la guerre de Sécession aux États-Unis, est régulière sans être interétatique. Mais dans la guerre classique, ils sont réunis.
La guerre classique, c'est donc avant tout une guerre entre États, menée par leurs armées régulières, qui s'affrontent le plus souvent directement, par exemple sur un champ de bataille ou le long d'un front, pour des buts politiques que chacun connaît, et qui se termine d'ordinaire par un traité.
Attention à ne pas confondre deux emplois du mot. Quand le programme parle de « la définition classique de la guerre par Clausewitz », il parle de la guerre comme duel et instrument de la politique. Quand on parle de guerre classique, on parle de sa forme : des États et leurs armées régulières.
On peut se la représenter comme un match entre deux équipes inscrites dans un championnat, en maillot, sur un terrain, sous le regard d'un arbitre et selon des règles que chacun connaît. L'image ne dit rien de la dureté du match : elle dit seulement qui joue et comment. La guerre irrégulière ressemblerait plutôt à un vol dans la rue, par quelqu'un qui n'appartient à aucune équipe, qui surgit par surprise et disparaît.
2Qui a le droit de faire la guerre : les États
Au XVIIIe siècle, la guerre est bien l'affaire des États : ce sont eux qui ont à la fois la légitimité et la capacité de la faire. La légitimité ici est le fait qu'un acteur soit considéré comme ayant le droit de décider et de mener une guerre. Quant à la capacité, c'est le fait d'avoir la possibilité matérielle de faire la guerre. Cela revient à disposer d'une armée, d'armes, et ce qui est semblable à cela.
Ce droit s'est affirmé peu à peu. En 1648, à l'issue du congrès de Westphalie, le traité d'Osnabrück accorde un droit précis : les États de l'Empire peuvent conclure des alliances entre eux et avec des puissances étrangères, pour se protéger, à condition qu'elles ne soient pas dirigées contre l'Empereur ou l'Empire. Ce droit porte sur les alliances, pas encore sur la guerre elle-même, mais c'est une étape : le droit de s'allier et de se défendre est reconnu à des États. Au XVIIIe siècle, ce sont les souverains qui entretiennent les armées permanentes et qui déclarent les guerres.
Les traités de Westphalie eux-mêmes, et la paix qu'ils construisent, sont étudiés dans l'axe 2.
3Classique, limitée, des cabinets : trois mots qui s'emboîtent
La guerre classique est une forme de guerre : elle dit qui se bat et comment.
La guerre limitée, elle, est un degré : elle dit jusqu'où la violence peut aller.
Et la guerre des cabinets est la forme que prend la guerre classique au XVIIIe siècle, et elle est limitée.
Une guerre peut donc être classique sans être limitée : les guerres de Napoléon opposent des États et leurs armées régulières dans de grandes batailles, mais elles se rapprochent de la guerre absolue (thèse 1.2). La guerre classique englobe ainsi la guerre des cabinets, mais aussi les guerres de la nation en armes et, au XXe siècle, les guerres totales.
C'est ce qui rend ces mots utiles pour les sujets sur les formes de la guerre : on peut suivre la guerre classique du XVIIIe siècle au XXe siècle et montrer comment, sans changer de forme, elle change d'intensité.