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IILa guerre de Sept Ans : une guerre de cabinet que ses contraintes retiennent, alors même que ses enjeux la poussent vers l'extrême
AUne guerre décidée dans les cabinets
1Le renversement des alliances
Ce qui rend la guerre de Sept Ans si intéressante pour notre thèse, c'est qu'elle commence par un événement diplomatique presque sans précédent : le « renversement des alliances ».
Pendant la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), l'Europe s'était partagée entre l'Autriche et la Grande-Bretagne d'un côté, la France et la Prusse de l'autre. Le 16 janvier 1756, par la convention de Westminster, la Grande-Bretagne et la Prusse s'entendent : Frédéric II s'engage à protéger le Hanovre, possession du roi d'Angleterre. Le chancelier autrichien Wenzel Anton von Kaunitz, ambassadeur à Paris de 1750 à 1753, saisit l'occasion : il convainc l'impératrice Marie-Thérèse de se rapprocher de la France par le traité de Versailles du 1er mai 1756, afin d'isoler la Prusse et de récupérer la Silésie perdue lors de la guerre de Succession d'Autriche.
Avant 1756 (guerre de Succession d'Autriche)
- Autriche
- Grande-Bretagne
- France
- Prusse
- 16 janvier 1756Convention de WestminsterGrande-Bretagne et Prusse
- 1er mai 1756Traité de VersaillesAutriche et France
Après 1756
- Autriche
- France
- Russie
- Prusse
- Grande-Bretagne
Craignant l'encerclement, Frédéric II frappe le premier en envahissant la Saxe le 29 août 1756, ce qui déclenche la guerre en Europe.
C'est un exemple précis de ce que Clausewitz théorisera plus d'un demi-siècle plus tard : c'est une guerre de cabinet décidée par calcul diplomatique au sommet de l'État, sans mobilisation populaire à l'origine.
En quelques mois, la France et l'Autriche, rivales depuis plus de deux siècles, deviennent alliées, parce que quelques souverains et leurs ministres l'ont décidé.
- Qui décide de la guerre ?
- C'est le roi.
- Quelle est sa légitimité ?
- Il est souverain.
- Quel est son objectif ?
- Il souhaite préserver sa souveraineté et défendre son pays contre un encerclement potentiel : c'est un objectif politique et territorial.
- Qui fait la guerre ?
- Ce sont les armées du roi.
2Une guerre classique
La guerre de Sept Ans est une guerre classique au sens où on l'a définie.
Elle est interétatique : ce sont des États souverains, la Prusse, la Grande-Bretagne, l'Autriche, la France, la Russie, et d'autres encore, qui s'affrontent, en deux coalitions.
Elle est régulière : ce sont les armées permanentes des rois qui se battent, en batailles rangées, comme à Rossbach, Leuthen ou Kunersdorf, et en sièges de places fortes.
Et elle est conventionnelle : elle suit des usages que les deux camps admettent, avec des armes du même genre, des buts que chacun connaît, et elle se termine par des traités négociés.
Le XVIIIe siècle connaît bien aussi la « petite guerre », où des troupes légères rattachées aux armées harcèlent l'ennemi et coupent ses convois ; mais elle reste en marge des batailles et sert la guerre classique sans la remplacer.
3Deux guerres en une
La guerre voit deux camps principaux s'affronter : un axe prusso-britannique auquel se joint le Portugal, contre un axe franco-autrichien rejoint par la Russie et l'Espagne. Le champ de bataille est vaste : il y a des affrontements aux Indes, en Amérique du Nord, et en Europe. Certains historiens voient dans cette guerre la vraie première guerre mondiale.
En réalité, deux guerres se mêlent. En Europe, la Prusse se bat contre l'Autriche, la Russie et la France pour garder la Silésie. Sur les mers et dans les colonies, la Grande-Bretagne et la France se disputent l'Amérique du Nord et l'Inde. Les deux guerres sont liées par l'argent : par la convention du 11 avril 1758, la Grande-Bretagne verse à la Prusse 670 000 livres sterling par an, et les deux royaumes s'engagent à ne pas signer de paix séparée. La Grande-Bretagne paie la Prusse pour qu'elle retienne la France et ses alliés sur le continent, pendant qu'elle-même se bat outre-mer.
La guerre de Sept Ans
En Europe
La Prusse contre l'Autriche, la Russie et la France, pour garder la Silésie.
Sur les mers et dans les colonies
La Grande-Bretagne contre la France, pour l'Amérique du Nord et l'Inde.
Liées par l'argent : la Grande-Bretagne verse à la Prusse 670 000 livres sterling par an (convention du 11 avril 1758).
On voit là les caractéristiques de la guerre de cabinet : des souverains qui décident, des armées de métier payées par des trésors, et même par le trésor d'un allié.