Page 6 sur 8
IILa guerre de Sept Ans : une guerre de cabinet que ses contraintes retiennent, alors même que ses enjeux la poussent vers l'extrême
BDes enjeux qui poussent la guerre vers l'extrême
Mais la guerre de Sept Ans est, pour notre thèse, le cas le plus difficile : ses enjeux dépassent ceux d'une guerre de cabinet ordinaire.
Pour la Prusse, l'objectif reste borné : la Prusse, inférieure aux coalisés, fait en sorte d'user l'adversaire jusqu'à ce qu'il accepte de négocier la paix et de reconnaître que la Prusse garde la Silésie.
Pour ses adversaires, en revanche, l'objectif déborde largement. Par le second traité de Versailles, le 1er mai 1757, la France s'engage à aider l'Autriche à reprendre la Silésie, et le traité confirme un partage prévu de la Prusse entre ses voisins. Les coalisés ne visent pas tous la même chose : l'Autriche veut la Silésie, la France des places aux Pays-Bas, d'autres des morceaux de territoire prussien.
Mais si l'on additionne ce que chacun réclame, ce n'est plus seulement une province qui est en jeu : c'est la place même de la Prusse parmi les puissances européennes.
Or Clausewitz l'a montré (thèse 1.0) : plus les motifs de la guerre sont élevés et plus la situation qui la précède est tendue, plus la guerre se rapproche de sa forme absolue.
Dès lors, si une guerre devait sortir des limites de son siècle, c'était bien celle-ci. Si elle y reste quand même, c'est que les contraintes de la guerre de cabinet la retiennent.