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IILa guerre de Sept Ans : une guerre de cabinet que ses contraintes retiennent, alors même que ses enjeux la poussent vers l'extrême
CDes victoires qu'on ne peut pas exploiter
1Leuthen : la victoire parfaite qui ne termine rien
À Leuthen, le 5 décembre 1757, Frédéric II attaque l'armée autrichienne et remporte une victoire tellement spectaculaire qu'elle est considérée comme le chef-d'œuvre tactique du siècle. Après une telle victoire, la suite logique des événements est de continuer à marcher, jusqu'à atteindre Vienne, le cœur politique de l'Autriche. En faisant cela, la Prusse pourrait contraindre l'Autriche et la soumettre complètement à sa volonté.
Mais Vienne est loin, l'hiver arrive, et Frédéric II se contente de reprendre Breslau, en Silésie, qui capitule quinze jours plus tard. Il n'a pas exploité cette victoire, et la guerre continue encore cinq ans.
On pouvait remporter une bataille en écrasant son adversaire sans pouvoir continuer la marche à cause du risque de désertion, à cause du besoin de se faire ravitailler, à cause du coût exorbitant des batailles. Clausewitz le relève lui-même : en 1758, avec les mêmes troupes qui avaient remporté de si brillants succès l'année précédente, Frédéric ne parvient pas à se maintenir en Bohême.
2Kunersdorf : le désastre qui n'achève rien
Revenons maintenant au soir de Kunersdorf. Frédéric II n'a plus que 3 000 hommes, Berlin est à portée, et pourtant, quelques jours plus tard, il a de nouveau une armée de plusieurs dizaines de milliers d'hommes.
Comment expliquer cela ?
Après la victoire, les commandants russe et autrichien se sont disputés et n'ont pas poursuivi la conquête. Les adversaires n'ont pas continué, ce qui a laissé le temps à des fuyards de revenir en nombre auprès de Frédéric II.
C'est là une matérialisation de notre thèse : les contraintes de la guerre du XVIIIe siècle font qu'on ne peut que difficilement, voire pas du tout, exploiter une victoire. Cela fait que la guerre ne peut pas atteindre son extrême théorique : l'étendue de la guerre est limitée par ces contraintes.
On retrouve même ici la contrainte qui vient de l'extérieur : deux armées alliées, chacune au service de son propre cabinet, n'ont pas forcément le même intérêt à aller jusqu'au bout.
3Berlin prise, puis rendue
Un an plus tard, en octobre 1760, des troupes russes et autrichiennes entrent dans Berlin. La capitale de la Prusse est occupée. Dans une guerre qui viserait à renverser l'ennemi, ce serait le moment de s'y installer pour lui imposer sa volonté. Elles y restent trois jours, du 9 au 12 octobre, puis repartent à l'approche de l'armée de Frédéric II.
Reprenons nos deux hommes. L'un a réussi à entrer chez l'autre. Mais il ne peut pas y rester : il est loin de ses réserves, ses forces lui coûtent cher, et le maître des lieux revient. Il prend ce qu'il peut, et il s'en va.
Dès lors, les objectifs de guerre ne peuvent qu'être limités, car les belligérants n'ont pas les moyens pour poursuivre des objectifs plus grands, comme la défaite militaire totale d'un État.
- Leuthen, 1757
- Victoire éclatante ; mais Vienne est loin, l'hiver arrive : Frédéric II reprend Breslau, sans exploiter sa victoire.
- Kunersdorf, 1759
- Frédéric II n'a plus qu'environ 3 000 hommes ; les commandants russe et autrichien se disputent et ne poursuivent pas.
- Berlin, 1760
- Occupée du 9 au 12 octobre, puis quittée à l'approche de l'armée de Frédéric II.