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IIDes guerres de la Révolution à la chute de Napoléon, la guerre se rapproche de la guerre absolue sans l'atteindre : elle peut aller jusqu'à détruire une armée, démembrer un État et renverser un souverain
EUne fin où l'un des adversaires est renversé
1Paris pris, Napoléon renversé
Clausewitz raconte la suite en une phrase :
Extrait de Clausewitz
De la guerre, livre VIII, chapitre 3 B
En huit mois le théâtre de guerre fut transporté de l'Oder à la Seine, et, pour la première fois, l'orgueilleux Paris et le formidable Bonaparte durent courber la tête et se soumettre.
Le 31 mars 1814, les coalisés entrent dans Paris. Le 6 avril, à Fontainebleau, Napoléon abdique, après que ses maréchaux ont refusé de continuer la guerre. Il revient au pouvoir en 1815, mais il est battu à Waterloo le 18 juin et doit abdiquer de nouveau.
La guerre de Sept Ans s'était terminée par une paix entre des souverains qui restaient tous sur leur trône. Celle-ci se termine par la chute du souverain vaincu.
Le renversement de l'adversaire devint le but unique de la lutte, écrivait Clausewitz : la Prusse en est passée tout près en 1806, et Napoléon lui-même le subit en 1814.
2Une guerre qui se rapproche de l'absolu, sans l'atteindre
Il faut pourtant garder la nuance de Clausewitz. Même ces guerres restent en deçà de la guerre absolue.
L'Espagne montre qu'une armée de masse peut s'user contre un peuple qui refuse la bataille.
La Russie montre que le nombre ne supprime pas le frottement.
Tilsit montre que l'équilibre entre les puissances pèse encore sur le vainqueur.
Et en 1815, une fois Napoléon renversé, les vainqueurs ne démembrent pas la France : ils la ramènent à ses frontières de 1790, d'avant les guerres de la Révolution, mais l'occupent quelques années et lui font payer une indemnité ; au congrès de Vienne, ils reconstruisent un équilibre entre les puissances.
Les guerres de la Révolution et de l'Empire sont donc le moment où une contrainte se desserre, celle du nombre des soldats, et où la guerre se rapproche de sa forme absolue : des armées immenses, qu'on peut risquer et remplacer, des victoires qu'on peut exploiter jusqu'au bout, des paix qui peuvent démembrer un État ou renverser un souverain.
- 20 avril 1792La France déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie »
- 20 septembre 1792Valmy : l'armée française arrête l'armée prussienne
- 23 août 1793Décret de levée en masse
- 5 septembre 1798Loi Jourdan : la conscription
- 2 décembre 1805Austerlitz, après Ulm : l'Autriche battue en une campagne
- 14 octobre 1806Iéna et Auerstedt
- 27 octobre 1806Napoléon entre dans Berlin
- 9 juillet 1807Traité de Tilsit : la Prusse perd la moitié de son territoire
- 2 mai 1808Madrid se soulève contre les Français
- 23 et 24 juin 1812Napoléon envahit la Russie : environ 450 000 hommes franchissent le Niémen
- 11 janvier 1813Levée de 350 000 hommes
- 16 au 19 octobre 1813Leipzig, la bataille des Nations
- 31 mars 1814Les coalisés entrent dans Paris
- 6 avril 1814Napoléon abdique
- 18 juin 1815Waterloo
3Une nouvelle norme
Et ce n'est pas un épisode. Pour vaincre Napoléon, les autres peuples ont pris les armes à leur tour, et au XIXe siècle, le service militaire obligatoire devient peu à peu la règle des grandes puissances du continent européen.
La nation en armes devient une norme : c'est avec elle que les États entreront dans le XXe siècle.
Mais en 1815, on se bat encore avec des fusils et des canons du XVIIIe siècle, et c'est encore l'armée seule qui fait la guerre, pendant que le reste du pays continue de vivre. Bruno Colson le résume : « Le discours était moderne mais la technologie limita la guerre, sans doute pour la dernière fois. »
Et si ces contraintes-là se desserraient à leur tour ? Si toute la société, ses usines et ses machines, travaillait pour la guerre ? Un siècle après Waterloo, la Première Guerre mondiale donne la réponse : c'est la thèse 1.3.