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IIDes guerres de la Révolution à la chute de Napoléon, la guerre se rapproche de la guerre absolue sans l'atteindre : elle peut aller jusqu'à détruire une armée, démembrer un État et renverser un souverain
ALes guerres de la Révolution : la nation en armes fait ses preuves, dans l'urgence
11792 : la nation déclare la guerre à un roi
Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre. C'est l'Assemblée législative qui a voté la déclaration de guerre, sur la proposition de Louis XVI, qui est encore roi. Au nom de la Nation, c'est donc l'Assemblée qui déclare la guerre. Et il est intéressant de noter qu'elle déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », c'est-à-dire au souverain autrichien ; la Prusse entre en guerre à ses côtés. Cela montre qu'un monde ancien, où les souverains sont décisionnaires de la guerre, cohabite avec un monde nouveau, où c'est la Nation qui décide de la guerre.
Désormais, l'acteur de la guerre n'est plus un roi contre un roi, c'est un peuple souverain contre des rois.
Menacée d'invasion, l'Assemblée proclame le 11 juillet « la patrie en danger ». En août, les Prussiens entrent en France.
2Valmy : une armée encore royale, qui se bat déjà au nom de la nation
Le 20 septembre 1792, à Valmy, l'armée française arrête l'armée prussienne. Cette bataille est considérée par certains comme le début d'une époque nouvelle : elle aurait été du point de vue militaire la dernière bataille du XVIIIe siècle et la première de la guerre moderne. L'écrivain allemand Goethe, qui suivait l'armée prussienne, raconte avoir dit le soir même à ceux qui l'entouraient : « D'ici et d'aujourd'hui part une nouvelle époque de l'histoire du monde. » Mais il l'écrit trente ans plus tard, dans Campagne de France, publié en 1822 : la phrase dit autant ce que Valmy est devenu dans les mémoires que ce qu'on en pensait sur le moment.
Il faut donc regarder la bataille de près, avec les historiens qui l'ont étudiée sur les archives. Ce n'est pas un grand choc de fantassins : c'est surtout une canonnade, c'est-à-dire un long échange de tirs d'artillerie, sans corps à corps. Les pertes sont faibles, environ 300 hommes hors de combat du côté français et 200 du côté prussien.
Qui s'est battu ?
Le général Emmanuel Hublot, auteur de l'étude de référence sur la bataille, et l'historien André Corvisier comptent la même chose : sur la butte de Valmy, là où l'armée française est au contact de l'ennemi, onze bataillons appartiennent encore aux vieux régiments de l'armée royale, deux seulement aux volontaires de 1791, et les volontaires de 1792, pas encore entraînés, ne sont pas engagés. Tous les généraux sont encore nobles d'origine : pour Hublot, c'est la dernière bataille où c'est le cas. Corvisier rapporte même que, lorsqu'on a voulu élever un monument aux volontaires tombés à Valmy, « on n'en a pas trouvé un seul ».
Et si les Prussiens se retirent, c'est aussi que leur armée est épuisée par la dysenterie et par la faim.
Une des grandes nouveautés de la journée, c'est le cri que lance le général Kellermann, qui commande l'une des deux armées françaises présentes, à ses soldats, au moment où les Prussiens menacent de les attaquer : « Vive la nation ! ». Les autres cris de ce jour-là, « Vive la France » ou « Vive notre général », étaient traditionnels ; celui-là ne l'était pas.
Valmy est donc la victoire d'une armée encore largement royale, qui se bat déjà au nom de la nation : la levée en masse n'aura lieu qu'un an plus tard.
- Le combat
- Surtout une canonnade : un long échange de tirs d'artillerie, sans corps à corps
- Les pertes
- Environ 300 hommes hors de combat du côté français, 200 du côté prussien
- Sur la butte
- Onze bataillons des vieux régiments de l'armée royale, deux de volontaires de 1791
- Les généraux
- Tous encore nobles d'origine
- Le cri
- « Vive la nation ! », lancé par Kellermann
31793-1794 : la levée en masse sauve la République
En 1793, la France affronte une coalition de presque toute l'Europe, et la guerre civile à l'intérieur. C'est dans cette urgence qu'est décrétée la levée en masse. Elle porte l'armée de la République à environ 730 000 hommes réellement sous les armes, et en 1794, ses armées ont repoussé les coalisés hors du territoire et occupent la Belgique. Les monarchies, qui comptaient sur des armées de métier, font face à des effectifs jamais vus en Europe.
41795 : la nation en armes ne dure pas d'elle-même
Mais l'élan ne se maintient pas. Une fois le danger écarté, les soldats meurent de maladie, désertent ou rentrent chez eux : en mars 1795, sur plus d'un million d'hommes inscrits dans les armées, seuls 454 000 sont présents.
C'est la preuve que la nation en armes ne vient pas toute seule de l'enthousiasme du peuple : pour durer, elle a besoin d'une loi qui renouvelle les soldats chaque année.
C'est ce que fera la loi Jourdan en 1798, et c'est sur elle que Napoléon va bâtir sa Grande Armée.