Thèse 1.2Thèse 1.2

B Ulm, Austerlitz, Iéna : des victoires qu'on peut exploiter jusqu'au bout

Page 6 sur 9

IIDes guerres de la Révolution à la chute de Napoléon, la guerre se rapproche de la guerre absolue sans l'atteindre : elle peut aller jusqu'à détruire une armée, démembrer un État et renverser un souverain

BUlm, Austerlitz, Iéna : des victoires qu'on peut exploiter jusqu'au bout

Qui décide de la guerre ?
L'empereur, qui en décide en fait seul, après avoir fait approuver l'Empire héréditaire par plébiscite, un vote où les électeurs répondent par oui ou par non à la question posée par le pouvoir.
Qui fait la guerre ?
Une armée de conscrits, encadrée par des soldats de métier.
Quel est son but ?
Abattre la puissance de l'adversaire et lui imposer sa volonté, jusqu'à redessiner la carte de l'Europe.
Comment se terminent ses guerres ?
Souvent par une paix imposée au vaincu, qui perd des territoires, comme l'Autriche en 1805 ou la Prusse en 1807.

1Ulm et Austerlitz : en quelques mois, l'Autriche est battue

À partir de 1805, Napoléon, devenu empereur, dispose de cette armée de conscription. Elle marche vite, jusqu'à 40 kilomètres par jour dans les marches rapides, près de deux fois plus que les armées du XVIIIe siècle, et elle n'est plus attachée à des places fortes ni à de longs sièges : elle cherche la bataille.

À l'automne 1805, elle traverse l'Allemagne, encercle une armée autrichienne à Ulm, qui capitule en octobre, entre à Vienne, puis bat les armées autrichienne et russe à Austerlitz, le 2 décembre 1805. Trois semaines plus tard, par le traité de Presbourg, l'Autriche cède la Vénétie au royaume d'Italie de Napoléon, et le Tyrol et d'autres terres d'Allemagne aux alliés allemands de la France. En une seule campagne, la capitale ennemie est prise et la paix imposée. Dans la guerre de Sept Ans, aucune capitale d'une grande puissance n'avait été tenue plus de quelques jours, et il avait fallu sept ans pour aboutir à une paix sans vainqueur net. L'Autriche garde pourtant son empereur et son État : la paix de Presbourg lui enlève des provinces entières, ce que les paix du XVIIIe siècle faisaient rarement, mais elle reste un règlement entre souverains.

2Iéna et Auerstedt : une armée détruite en quelques semaines

Revenons maintenant au 14 octobre 1806. À Iéna et à Auerstedt, l'armée prussienne est battue. Mais ce qui fait de cette journée une rupture, c'est ce qui se passe ensuite. Napoléon ne s'arrête pas : sa cavalerie poursuit les Prussiens, les colonnes en fuite sont rattrapées une à une et capitulent, les forteresses se rendent. En quelques semaines, l'essentiel de l'armée prussienne a disparu.

Comparons avec Leuthen. En 1757, Frédéric II remporte une victoire parfaite, mais il se bat en infériorité numérique, Vienne est loin, l'hiver arrive, et il s'arrête. En 1806, Napoléon exploite sa victoire jusqu'au bout. Plusieurs choses l'expliquent : Berlin est proche, l'armée prussienne est détruite et pas seulement battue, et l'armée de Napoléon est organisée pour poursuivre.

Mais le nombre y entre aussi : Napoléon peut risquer ses soldats, parce que la classe d'âge suivante viendra les remplacer.

Cette poursuite jusqu'au bout ne réussit pas toujours, même à Napoléon : après Lützen, en 1813, il ne pourra pas poursuivre, faute de cavalerie. Bruno Colson la juge « plutôt exceptionnelle », et cite Ulm et Iéna. Ce qui change, c'est qu'un général peut la tenter sans craindre de perdre une armée qu'il ne pourrait pas remplacer.

3Berlin pris et gardé, la Prusse démembrée mais pas détruite

Le 27 octobre 1806, Napoléon entre dans Berlin. En 1760, des troupes russes et autrichiennes y étaient restées trois jours, puis étaient reparties à l'approche de l'armée de Frédéric II, toujours debout. En 1806, il n'y a plus d'armée prussienne pour revenir : les Français restent.

La guerre continue pourtant, contre la Russie, alliée de la Prusse, jusqu'aux batailles d'Eylau et de Friedland, en 1807. Puis vient la paix, et pour la Prusse, elle n'est plus un compromis. Par le traité de Tilsit, le 9 juillet 1807, la Prusse perd la moitié de son territoire et de sa population ; l'année suivante, une convention lui impose en plus une lourde indemnité et plafonne son armée à 42 000 hommes. En 1763, après sept ans de guerre, la Prusse gardait toutes ses provinces ; en 1807, une seule campagne lui en fait perdre la moitié.

Dans la guerre de Sept Ans

Leuthen, 1757 : une victoire que Frédéric II n'exploite pas. Berlin, 1760 : occupée trois jours, puis quittée. 1763 : la Prusse garde toutes ses provinces.

Face à Napoléon

Iéna et Auerstedt, 1806 : l'essentiel de l'armée prussienne a disparu en quelques semaines. Berlin, 1806 : prise et gardée. Tilsit, 1807 : la Prusse perd la moitié de son territoire.

Pourquoi l'État prussien ne disparaît-il pas tout à fait ?

Parce que Napoléon a besoin de la Russie. À Tilsit, il fait la paix avec le tsar Alexandre Ier et en fait son allié, et le traité qu'il signe avec lui le dit en toutes lettres : c'est « par égard pour S.M. l'Empereur de toutes les Russies » que Napoléon « consent à restituer à S.M. le Roi de Prusse » une partie de ses terres. Le roi de Prusse garde donc son trône et quatre provinces.

On retrouve ici la contrainte de l'équilibre : même vainqueur, Napoléon doit compter avec une autre grande puissance, que la guerre n'a pas abattue.